Dans un article de référence, Dion Hinchcliffe mentionne un principe qu’il attribue au Web 2.0: la plateforme bat systématiquement une application.

Ce “principe” fonctionne aussi dans l’informatique hors Web. La domination de Microsoft dans les systèmes d’exploitation des ordinateurs individuels rend cela transparent à la majorité des utilisateurs. C’est le Web 2.0 qui remet cela en évidence, chez nous mais aussi au bureau.

L’introduction du Web 2.0 dans l’entreprise déplace, avec les blogs et les wikis, le lieu de production de l’information, d’un logiciel résidant sur un disque dur personnel à un serveur. En cela la production devient distribuée, éventuellement sociale. Seuls la messagerie électronique et le navigateur font exceptions mais ce sont les deux éléments que l’entreprise « 1.0 » s’est appropriés.

Pendant longtemps, on a cru que la messagerie électronique allait devenir une plateforme. On a vu comment les entreprises se sont appuyées dessus pour construire leurs annuaires de collaborateurs. On a vu aussi comment les collaborateurs s’en sont servi pour stocker leurs documents. Le navigateur est alors une application.

L’introduction des blogs et wikis change la donne.
• La messagerie électronique est mise en concurrence avec les blogs pour la communication d’équipes et de communautés internes et externes.
• Elle est mise en concurrence avec les wikis parce qu’ils contribuent à faire disparaître les documents, et donc les pièces jointes. Bien maîtrisé, un wiki permet de mettre en forme une information de manière saisissante.
• Elle est mise en concurrence avec les réseaux sociaux qui intègrent des outils de communication plus riches (équivalent messageries électronique et instantanée) et créent des annuaires plus riches et mieux actualisés.
• Elle est mise en concurrence par des systèmes de notification XML (RSS) qui contribuent à la diminution des newsletters et des alertes « mail ».
C’est aujourd’hui le navigateur qui a vocation à devenir la plateforme. Et c’est la messagerie qui devient application. Même le gestionnaire de fichiers est remplacé par une solution équivalente en ligne, qui à l’usage peut s’avérer sociale. C’est bien sur cette hypothèse que Microsoft se base pour présenter Sharepoint comme une solution labellisée “2.0″. C’est d’ailleurs ce qui le conduit à faire peu d’effort sur les fonctionnalités des blogs et wikis. Ces derniers sont là pour enrichir le gestionnaire de documents.

Plus les blogs, les wikis et les réseaux sociaux rentrent dans l’entreprise et leurs usages se diffusent, plus le navigateur s’impose comme plateforme. Cela est d’autant plus vrai que, depuis des années maintenant, on voit des projets de portail apparaître. Les portails répondent à un problème simple : l’ordinateur est l’outil principal de la majorité des employés et des étudiants. Parallèlement, le nombre d’applications a grossi, notamment avec des applications partagées, dites “métiers” ou “groupe”. L’utilisateur est confronté à des applications locales et distantes nombreuses. Il a besoin d’y accéder de manière simple, pour des questions de confort mais aussi de productivité. Le portail s’impose comme la solution à ce problème.

Bureau ou portail? Lequel va devenir la plateforme?

Microsoft fait le pari du bureau. Sharepoint ressemble de plus en plus à un portail. En fait, il contribue à protéger deux produits Microsoft : son système d’exploitation et ses applications personnelles. Ce sont souvent les outils standard dans les entreprises. La marque des ordinateurs change, pas les outils ou les systèmes d’exploitation. Le bureau réduit ici le portail au rôle d’application. Microsoft est et reste construit sur un modèle économique de la licence.
IBM fait le pari du portail. Websphere ressemble de plus en plus à un bureau. En fait, il contribue à protéger trois produits et services IBM : ses serveurs, ses applications « métiers » et le conseil en intégration. Le portail réduit ici le bureau au rôle d’application. IBM est et reste construit sur un modèle économique mêlant construction, logiciels structurants et service.

Dans les deux cas, le client se retrouve dans une situation de lock-in : il est contraint dans ses choix. Cela se traduit concrètement par des surcoûts informatiques, à trois niveaux:
• Le prix des serveurs et de leur maintenance
• Le prix des licences
• Le prix des services d’intégration

Chez PersonAll, nous faisons aussi le pari du portail, mais différemment.

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